Je suis loin d'être experte, je ne suis pas non plus professeur de théâtre, je ne peux donc que parler de mon expérience. Ayant écrit plusieurs comédies, je peux simplement dire comment je m'y prends.

Pour commencer une pièce de théâtre, il va sans dire qu'il faut une idée et que cette idée soit suffisante, assez riche pour permettre d'être développée. Il y a des idées malheureusement qui ne le sont pas. Quand on creuse un peu, on se rend compte qu'elles n'offrent pas grand-chose ou qu'elles sont trop difficiles ou compliquées pour être approfondies sur scène. Pour une première pièce, autant commencer par une idée simple, pas trop tarabiscotée.

Lorsque l'idée qu'on a semble tenir la route et nous inspire un minimum de scènes, cela vaut le coup de les griffonner pour sentir un peu où cette pièce va nous mener. Quelles scènes viennent à l'esprit ? Quels personnages s'imposent ? Combien d'entre eux ? Quel est leur parcours ? Que veulent-ils à ce moment précis de leur existence ? On ne peut pas avoir des personnages qui ne veulent rien faire sur scène... Il faut que leur présence soit justifiée par une envie, par quelqu'un ou quelque chose.

Après, eh bien il faut s'y mettre. Je ne sais pas comment les autres font, mais moi je commence par le début, par l'écriture du premier acte. Très important, car il donne le ton de l'ensemble. Pas assez enlevé, trop confus ? Et hop, adieu le lecteur !

En général, j'écris le premier acte assez vite, d'un trait. C'est malheureusement après que je bloque, que je n'arrive plus à rien faire. Il y a des gens qui se forcent à continuer, je préfère quant à moi me concentrer sur autre chose, un autre projet. Un peu déprimant de tout laisser en plan à ce stade, mais revoir un texte avec des yeux neufs et reposés permet de mieux le juger et de repartir dans le bon sens.

Je relis souvent ce début de pièce, une vingtaine de fois au moins avant de me mettre à penser plus sérieusement à la suite, pour m'assurer qu'il y a bien quelque chose, que ce texte m'intéresse (ou m'amuse) toujours, et que je ne vais pas perdre encore plus de temps à bûcher dessus.

Vient alors le temps de se concentrer sur les deux actes suivants et c'est là généralement que c'est plus difficile. Un deuxième acte et un troisième ne s'écrivent, en ce qui me concerne, jamais d'un trait. C'est là que ça coince. C'est comme rentrer sa couette d'hiver dans un sac riquiqui. On a l'impression que cela ne va jamais rentrer, qu'on va rester avec ce tas énorme sur les bras, mais avec patience on trouve la bonne voie et tout rentre dans l'ordre.

L'important, c'est de ne jamais perdre l'idée de départ en vue, qu'il y ait une certaine cohérence entre le début et la fin, la fin devant être la suite logique du début. Si cela ne coule pas bien, c'est qu'on a voulu intégrer des scènes qui paraissaient bien ou qui étaient déjà écrites, mais qui tombent malheureusement comme un cheveu sur la soupe ! C'est là que se relire aide à noter les progressions un peu forcées.

Si on coince vraiment trop, si ça cloche et on ne sait plus du tout de quoi on parle, alors là il faut prendre du recul, c'est qu'il y a un sérieux problème. Il faut repenser l'idée de départ, trouver un autre angle, une autre ligne directrice, bref, changer de plan, changer de direction.

On peut ainsi passer pas mal de temps à concocter une première mouture. Pas très encourageant si on doit écrire un texte à la va-vite, mais je parle ici des pièces d'une heure et demie avec un minimum de tension dramatique.

Voilà, il va sans dire que le texte final doit être agréable à lire, clair, ayant l'air d'avoir avancé le plus naturellement du monde, voire s'être écrit tout seul.

J'espère que je n'ai découragé personne. En tout cas, bon courage à tous ceux qui s'y mettent !