28 mars 2016

Carnets, Henry James

SAM_0429Ouvrage passionnant car on y trouve toutes les idées brutes d'Henry James. Henry James marquait toutes les idées qu'il avait, en général des histoires qu'on lui racontait, et il tentait de les développer et de cerner les difficultés de ces débuts d'intrigue dans des carnets.

Très intéressant de voir l'évolution des histoires, du germe, du noyau, de l'impression comme il disait. On y trouve des propos intéressants sur l'inspiration, le besoin de vraisemblance, l'importance de laisser mûrir les choses.

Pour aimer ce livre, il faut bien sûr aimer le style d'Henry James, avoir déjà lu quelques-uns de ses romans et s'interroger sur le processus d'écriture. Je dois avouer avoir eu un petit creux page 500 (le livre en fait plus de 700 avec les notes) parce que lorsqu'on n'a pas lu l'histoire dont il parle, on s'y perd un peu et au bout de la cinquantième idée, on a la tête un peu farcie, mais ce livre se prête très bien à une lecture discontinue.

Ce qui est amusant, c'est de voir à quel point Henry James avait du mal à condenser, respecter un certain nombre de mots imposé par les magazines pour lesquels il travaillait. L'effort qu'il faisait pour faire plus court était constant et il n'y arrivait pratiquement jamais. 

Des carnets aussi assez marrants à lire, car Henry James se parlait carrément à lui-même... Allez mon bon ! se dit-il plusieurs fois. C'est rare d'avoir des pensées aussi directes d'un auteur.

Certes, parfois on se sent un peu coupable, car ces carnets n'ont jamais été destinés à être lus par d'autres que lui, et si les textes d'Henry James nous apprennent quelque chose, c'est à quel point il était contre ce genre de "partage posthume". Pour éviter d'ailleurs que cela se produise, il a brûlé pas mal de ses lettres de son vivant. Ceci dit, cela aurait été tellement dommage d'être privé de ses réflexions et questionnements.

Je conseille ce livre à tous ceux qui aiment écrire, s'intéressent au processus d'écriture.

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24 mars 2016

Ecrire pour le théâtre n'est pas la joie !

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Voilà en gros ce que disait Henry James dans ses Carnets que je suis en train de lire :

Je tentai d'écrire une petite pièce, Daisy Miller, et je l'écrivis [...]. Inutile de conter [...] l'oiseuse histoire de mes négociations absurdes avec les gens du Madison Square Theatre, dont les propriétaires se conduisirent comme des ânes et des aigrefins combinés; cet épisode, en soi, fournirait un brillant chapitre pour un roman réaliste.

Ecrire la pièce m'a énormément intéressé et ce travail n'a fait que me confirmer l'attrait que je prêtais au genre théâtral. Tant à New York qu'à Londres, il m'a permis de découvrir, quant aux acteurs et directeurs de théâtre, leurs procédés et leurs idées, et quant aux conditions de production de notre malheureuse scène anglaise, des choses presque fatalement rebutantes et décourageantes;

J'ai appris avec acuité que dès l'instant où l'on essaie d'écrire pour le théâtre, c'est contre le dégoût qu'il faut se cuirasser, un dégoût profond, indicible. Pourtant, bien qu'écoeuré, je ne me crois nullement découragé. Ou, tout simplement, je ne puis me le permettre. J'ai décidé de consacrer un an – deux, au besoin davantage – à des expériences, des études, des essais. La forme dramatique me paraît le comble de la beauté. Le malheur est que la bassesse du niveau de la scène de langue anglaise ne lui offre pas le cadre voulu. (p. 180)

Page 253, il parle de l'horrible profession théâtrale...

Pas la joie tout ça.

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20 mars 2016

Plongée dans les écrits d'Henry James...

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Si le théâtre me déçoit, ce n'est pas le cas des écrits d'Henry James. Plus je me plonge dans son œuvre, plus je suis fascinée.

Je suis en train de lire ses Carnets (qui viennent juste de paraître en Folio) et un gros volume de Nouvelles publié par les éditions de la Différence (un des trois tomes). 

Lecture passionnante, je conseille.

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08 mars 2016

"Portrait de femme", Henry James

SAM_0264Un roman bien sympa à lire. 

670 pages dans mon édition, et je ne me suis pas ennuyée une seconde. Rares sont les romans où je regrette d'arriver à la fin, où je ressens comme un petit tiraillement de ne plus pouvoir m'y replonger à nouveau.

Bien sûr, il faut aimer le style d'Henry James pour apprécier ce roman, les phrases à rallonge, les longs paragraphes tentant de cerner une intention, une motivation, les tiraillements intérieurs des personnages.

Bref résumé : Isabel Archer est une jeune Américaine qui suit sa tante en Europe et qui compte bien explorer le monde, profiter de sa liberté. Elle met presque une fierté à refuser les avances d'un Américain et d'un lord anglais, puis se marie à un type qui habite en Italie et est loin de la rendre heureuse.

Une histoire sur la condition féminine au temps d'Henry James, sur le mariage, le renoncement, les choix pas toujours bons que l'on fait. Des interrogations bien en avance sur son temps, je trouve, et je suis toujours étonnée de voir un auteur masculin se mettre aussi bien dans la peau d'une femme.

Impressionnant. J'ai adoré.

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27 février 2016

"Mémoires d'un jeune garçon", Henry James

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Après des lectures pas très intéressantes, j'ai ressenti le besoin de me plonger dans une valeur sûre, un livre écrit par Henry James.

Il s'agit de l'une des deux autobiographies de l'auteur, ce qui m'a intriguée. Ce livre paraît assez fouillis quand on le commence, car on s'attend à une autobiographie avec des événements décrits chronologiquement, mais il s'agit surtout ici de bribes d'impressions, de sensations qui ont éveillé quelque chose chez l'auteur, ce qui fait qu'au début il faut s'accrocher.

Au bout de cinquante pages on comprend qu'on a affaire à un récit différent, à une analyse, une dissection de moments marquants de l'enfance d'Henry James. Vraiment curieux. Très riche, assez intello dans la démarche, il faut suivre son raisonnement par le biais de très longues phrases pour tenter de cerner ce petit rien qui l'a marqué, une impression fugace.

On découvre ainsi le milieu assez gai dans lequel il a baigné tout petit, un milieu aisé du fait d'un héritage d'un grand-père, où il grandit parmi tout un tas d'oncles, de tantes et de cousines et auprès d'un père au tempérament passionné qui avait l'air assez chouette, bref, un petit cocon bien sympathique dénué de soucis matériels. 

L'esprit analytique d'Henry James me fait penser à Pirandello. Les écrivains ne sont pas forcément toujours de grands raisonneurs, mais Henry James est quelqu'un qui ressent les choses et arrive à prendre du recul et analyser son ressenti. J'avoue que je ne l'ai pas toujours suivi dans ces auto-analyses, mais ce n'est pas grave, j'ai été captivée par son univers. Je comprends mieux ceux qui le comparent à un artiste peintre. Sa perception est unique, celle d'un grand artiste-observateur-intello.

C'est rare qu'on m'entende rigoler lorsque je lis un roman, mais ça a été le cas ici. Quand il parle par exemple d'un copain qui l'avait entraîné très jeune dans l'idée d'écrire un livre et qu'il décrit comment tous les deux tournaient majestueusement autour du pot ce qui n'empêchait pas son ami de multiplier les efforts pour en organiser la publication, bref, de mettre la charrue avant les boeufs ("Je suis sûr qu'il aurait trouvé à le publier s'il avait pu l'écrire")... 

A mon avis, il ne faut pas commencer par cet ouvrage si on n'a rien lu d'Henry James. Je pense que si cela avait été mon premier livre de lui, je n'aurais pas continué, car il est un peu comme Ingmar Bergman en fin de compte, il a un univers très particulier qui peut rebuter. Mais si on s'accroche, comme dans le cas de Pirandello d'ailleurs, ce qu'il raconte vaut toujours le coup.

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22 janvier 2016

Henry James : nouveaux achats

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Ben oui, je suis accro.

Voici mes deux nouvelles acquisitions. Portrait de femme est considéré comme le chef d'oeuvre d'Henry James, et Mémoires d'un jeune garçon est, si j'ai bien compris, une des deux autobiographies déguisées de l'auteur.

Après je passerai aux deux romans préférés d'Henry James, les romans qu'il jugeait les plus aboutis, à savoir Les ambassadeurs et La coupe d'or.

J'ai de quoi lire donc.

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18 janvier 2016

"Le Banc de la désolation et autres nouvelles", Henry James

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Encore du Henry James et encore une fois j'ai adoré. Je suis en train de devenir une fan, une Jamesienne comme on dit.

Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles, où tout est personnages encore une fois, assez théâtral.

La chose authentique : en voilà une idée curieuse. Un peintre, qui a besoin de modèles pour réaliser ses illustrations de bouquins, rencontre un couple sans le sou, tout à fait adapté au style d'illustrations qu'il doit peindre, mais quelque part ils sont trop parfaits, et il s'étonne de préférer des modèles qui ne sont pas pas tout à fait les personnages qu'il doit représenter, mais qui peuvent les suggérer. Sur l'imagination, l'inspiration, le rapport fiction et réalité. Très étrange.

Owen Wingrave : ferait une excellente mini pièce de théâtre. Un jeune protégé qui s'apprête à passer, comme le veut la tradition familiale, le concours d'admission pour entrer dans l'armée décide un beau matin de ne plus le faire, que la guerre est idiote, qu'il ne veut plus suivre la voie de ses ancêtres. Son mentor est très inquiet et se tourne vers sa tante et un camarade de classe pour lui faire changer d'avis. Très chouette.

La vraie chose à faire : encore une histoire très curieuse. Un écrivain est chargé d'écrire un livre sur un ami auteur disparu. Il vient s'installer chez sa veuve pour se plonger dans sa correspondance, mais sent de plus en plus au fil des jours la présence du défunt autour de lui. Au début cette présence fantomatique l'aide, mais assez vite elle le paralyse, étant la preuve selon lui que son ami ne souhaite pas qu'il compile ce livre posthume, que tout ce qu'il a écrit d'important est dans ses œuvres.

L'arbre de la connaissance : j'ai adoré ce texte très court, tout à fait mon genre d'humour. Henry James aime parler de l'artiste raté, du type passionné qui est tellement dans son truc qu'il en perd tout jugement. Ici, il s'agit d'un sculpteur qui vit avec sa femme et son fils et qui produit un maximum sans jamais trop vendre ses œuvres. Le fils, pensant avoir le talent artistique de son père, part à Paris pour devenir peintre, mais l'éloignement lui fait réaliser que son père se leurre et n'en a en fait aucun. Il fait part de ses inquiétudes à son parrain, qui s'en est rendu compte depuis des lunes, mais qui n'a rien dit par respect. Il lui demande d'ailleurs de continuer la charade pour ne pas effondrer sa mère qui a toujours cru au talent de son mari, mais une conversation avec celle-ci lui fait réaliser qu'elle n'est pas dupe non plus et qu'elle a toujours su que son mari ne produisait que des horreurs... Très drôle.

La note du temps : curieux aussi. Une femme rentre chez un peintre pour lui demander de faire un portrait sans modèle, de représenter un homme d'une quarantaine d'années auquel il faudra donner la note du temps, une certaine patine. Elle souhaite exposer ce tableau chez elle pour donner l'impression que c'est son ancien mari. Il refile cette commande à une amie peintre plus capable de la satisfaire, mais voilà que la nouvelle peintre aime trop le portrait et ne souhaite pas s'en séparer...

Le gant de velours : j'ai eu du mal à rentrer dans celle-là. Parfois on dit qu'Henry James a un style compliqué et peut-être que c'est le cas ici. C'est l'histoire d'un écrivain qui est ébloui par un jeune homme qui lui demande de lire le manuscrit d'une amie. Il accepte, revoit ce jeune homme en compagnie d'une fille sublime à une soirée, se fait tout un cinéma dans la tête à propos d'elle, arrive à repartir de la soirée avec elle quand elle s'avoue être l'auteure en question et qu'elle lui demande d' écrire la préface de son dernier livre, et de ce fait, par cette simple requête intéressée, se rabaisse à ses yeux, n'est plus cette apparition sublime. Sur l'éblouissement, le cinéma qu'on peut se faire en privé dans sa cervelle, le fossé entre imagination et réalité. Pas persuadée qu'une telle nouvelle puisse être écrite de nos jours. Superbe mais assez tarabiscotée.

Le banc de la désolation : en voilà aussi une histoire pas banale. Je ne m'attendais pas au dénouement, je dois dire. C'est l'histoire d'un type qui rompt ses fiançailles et se voit obligé de payer son ex-fiancée pour réparer les dommages faits à sa personne. Au lieu de se renseigner sur la position juridique d'une telle demande, il se ruine, refait tout de même sa vie puis retrouve cette ex-fiancée sur le banc de la désolation. Une histoire de ratage encore, de vie ratée. Assez morose en fin de compte.

Du fait des sujets parfois tristounets, j'ai classé ce livre dans mes Romans plus sérieux, mais j'aurais pu le mettre dans mes Romans comiques, car les idées et le style d'Henry James sont parfois très amusants.

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03 janvier 2016

"Washington Square", Henry James

SAM_0627Second texte de cet ouvrage de la collection Omnibus.

J'aime beaucoup cette histoire. Je la connaissais déjà puisque j'avais lu la pièce de théâtre "L'héritière" qui en est inspirée (voir ici), pièce très chouette que j'avais découverte en voyant le film. Bref, une histoire déclinée à toutes les sauces et qui marche à chaque fois.

L'histoire : un père ne veut pas que sa fille épouse un certain Morris qu'il soupçonne d'être arriviste, de n'en vouloir qu'à son argent. 

Encore une fois avec Henry James, ce qui est intéressant ce sont les descriptions des personnages. Le père est buté, fier, assez cruel avec sa fille qu'il trouve banale, pas très jolie, et sa fille est docile, naïve, ne veut offusquer personne. La tante de la pauvre amoureuse, qui a soif de romance, s'investit dans les démêlés sentimentaux de sa nièce et on a le droit aussi au point de vue et motivations de Morris. 

Pas étonnant que ce roman ait été adapté à l'écran et à la scène, il s'agit d'une interaction assez tendue entre quatre personnages. Je conseille vivement cette lecture.

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"Confiance", Henry James

SAM_0627Je n'avais jamais entendu parler de ce roman d'Henry James (220 pages dans mon édition). Je ne l'aurais sûrement pas lu s'il n'avait pas fait partie de cet ouvrage.

J'ai bien aimé.

C'est curieux à quel point les récits d'Henry James arrivent à me captiver. N'étant pas une lectrice patiente, m'ennuyant assez vite en lisant (comme au théâtre d'ailleurs, je m'énerve assez vite), je suis étonnée de voir que des intrigues assez minces arrivent à autant m'intéresser.

L'histoire : Gordon et Bernard sont amis. Gordon souhaite avoir l'avis de Bernard concernant Angela, une jeune femme qu'il souhaite épouser. Bernard prend le temps de connaître Angela, mais a vite des doutes sur elle, réserves qu'il transmet à son ami. Gordon épouse alors Blanche, une amie d'Angela, mais plus tard, voilà que Bernard tombe amoureux d'Angela et qu'il se sent un peu mal de l'avoir éloignée de Gordon.

Un bon moment de lecture.

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"Les énigmes du coeur", Henry James

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Un livre de la collection Omnibus qui réunit les textes suivants :

Confiance

Washington Square

Les papiers de Jeffrey Aspern

Ce que savait Maisie

Le tour d'écrou

Parfois j'ai du mal avec cette collection, car le texte est imprimé si petit que j'ai besoin d'une loupe. Ici, la lisibilité est très bonne. Un bon achat.