08 mars 2016

"Portrait de femme", Henry James

SAM_0264Un roman bien sympa à lire. 

670 pages dans mon édition, et je ne me suis pas ennuyée une seconde. Rares sont les romans où je regrette d'arriver à la fin, où je ressens comme un petit tiraillement de ne plus pouvoir m'y replonger à nouveau.

Bien sûr, il faut aimer le style d'Henry James pour apprécier ce roman, les phrases à rallonge, les longs paragraphes tentant de cerner une intention, une motivation, les tiraillements intérieurs des personnages.

Bref résumé : Isabel Archer est une jeune Américaine qui suit sa tante en Europe et qui compte bien explorer le monde, profiter de sa liberté. Elle met presque une fierté à refuser les avances d'un Américain et d'un lord anglais, puis se marie à un type qui habite en Italie et est loin de la rendre heureuse.

Une histoire sur la condition féminine au temps d'Henry James, sur le mariage, le renoncement, les choix pas toujours bons que l'on fait. Des interrogations bien en avance sur son temps, je trouve, et je suis toujours étonnée de voir un auteur masculin se mettre aussi bien dans la peau d'une femme.

Impressionnant. J'ai adoré.

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27 février 2016

"Mémoires d'un jeune garçon", Henry James

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Après des lectures pas très intéressantes, j'ai ressenti le besoin de me plonger dans une valeur sûre, un livre écrit par Henry James.

Il s'agit de l'une des deux autobiographies de l'auteur, ce qui m'a intriguée. Ce livre paraît assez fouillis quand on le commence, car on s'attend à une autobiographie avec des événements décrits chronologiquement, mais il s'agit surtout ici de bribes d'impressions, de sensations qui ont éveillé quelque chose chez l'auteur, ce qui fait qu'au début il faut s'accrocher.

Au bout de cinquante pages on comprend qu'on a affaire à un récit différent, à une analyse, une dissection de moments marquants de l'enfance d'Henry James. Vraiment curieux. Très riche, assez intello dans la démarche, il faut suivre son raisonnement par le biais de très longues phrases pour tenter de cerner ce petit rien qui l'a marqué, une impression fugace.

On découvre ainsi le milieu assez gai dans lequel il a baigné tout petit, un milieu aisé du fait d'un héritage d'un grand-père, où il grandit parmi tout un tas d'oncles, de tantes et de cousines et auprès d'un père au tempérament passionné qui avait l'air assez chouette, bref, un petit cocon bien sympathique dénué de soucis matériels. 

L'esprit analytique d'Henry James me fait penser à Pirandello. Les écrivains ne sont pas forcément toujours de grands raisonneurs, mais Henry James est quelqu'un qui ressent les choses et arrive à prendre du recul et analyser son ressenti. J'avoue que je ne l'ai pas toujours suivi dans ces auto-analyses, mais ce n'est pas grave, j'ai été captivée par son univers. Je comprends mieux ceux qui le comparent à un artiste peintre. Sa perception est unique, celle d'un grand artiste-observateur-intello.

C'est rare qu'on m'entende rigoler lorsque je lis un roman, mais ça a été le cas ici. Quand il parle par exemple d'un copain qui l'avait entraîné très jeune dans l'idée d'écrire un livre et qu'il décrit comment tous les deux tournaient majestueusement autour du pot ce qui n'empêchait pas son ami de multiplier les efforts pour en organiser la publication, bref, de mettre la charrue avant les boeufs ("Je suis sûr qu'il aurait trouvé à le publier s'il avait pu l'écrire")... 

A mon avis, il ne faut pas commencer par cet ouvrage si on n'a rien lu d'Henry James. Je pense que si cela avait été mon premier livre de lui, je n'aurais pas continué, car il est un peu comme Ingmar Bergman en fin de compte, il a un univers très particulier qui peut rebuter. Mais si on s'accroche, comme dans le cas de Pirandello d'ailleurs, ce qu'il raconte vaut toujours le coup.

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18 janvier 2016

"Le Banc de la désolation et autres nouvelles", Henry James

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Encore du Henry James et encore une fois j'ai adoré. Je suis en train de devenir une fan, une Jamesienne comme on dit.

Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles, où tout est personnages encore une fois, assez théâtral.

La chose authentique : en voilà une idée curieuse. Un peintre, qui a besoin de modèles pour réaliser ses illustrations de bouquins, rencontre un couple sans le sou, tout à fait adapté au style d'illustrations qu'il doit peindre, mais quelque part ils sont trop parfaits, et il s'étonne de préférer des modèles qui ne sont pas pas tout à fait les personnages qu'il doit représenter, mais qui peuvent les suggérer. Sur l'imagination, l'inspiration, le rapport fiction et réalité. Très étrange.

Owen Wingrave : ferait une excellente mini pièce de théâtre. Un jeune protégé qui s'apprête à passer, comme le veut la tradition familiale, le concours d'admission pour entrer dans l'armée décide un beau matin de ne plus le faire, que la guerre est idiote, qu'il ne veut plus suivre la voie de ses ancêtres. Son mentor est très inquiet et se tourne vers sa tante et un camarade de classe pour lui faire changer d'avis. Très chouette.

La vraie chose à faire : encore une histoire très curieuse. Un écrivain est chargé d'écrire un livre sur un ami auteur disparu. Il vient s'installer chez sa veuve pour se plonger dans sa correspondance, mais sent de plus en plus au fil des jours la présence du défunt autour de lui. Au début cette présence fantomatique l'aide, mais assez vite elle le paralyse, étant la preuve selon lui que son ami ne souhaite pas qu'il compile ce livre posthume, que tout ce qu'il a écrit d'important est dans ses œuvres.

L'arbre de la connaissance : j'ai adoré ce texte très court, tout à fait mon genre d'humour. Henry James aime parler de l'artiste raté, du type passionné qui est tellement dans son truc qu'il en perd tout jugement. Ici, il s'agit d'un sculpteur qui vit avec sa femme et son fils et qui produit un maximum sans jamais trop vendre ses œuvres. Le fils, pensant avoir le talent artistique de son père, part à Paris pour devenir peintre, mais l'éloignement lui fait réaliser que son père se leurre et n'en a en fait aucun. Il fait part de ses inquiétudes à son parrain, qui s'en est rendu compte depuis des lunes, mais qui n'a rien dit par respect. Il lui demande d'ailleurs de continuer la charade pour ne pas effondrer sa mère qui a toujours cru au talent de son mari, mais une conversation avec celle-ci lui fait réaliser qu'elle n'est pas dupe non plus et qu'elle a toujours su que son mari ne produisait que des horreurs... Très drôle.

La note du temps : curieux aussi. Une femme rentre chez un peintre pour lui demander de faire un portrait sans modèle, de représenter un homme d'une quarantaine d'années auquel il faudra donner la note du temps, une certaine patine. Elle souhaite exposer ce tableau chez elle pour donner l'impression que c'est son ancien mari. Il refile cette commande à une amie peintre plus capable de la satisfaire, mais voilà que la nouvelle peintre aime trop le portrait et ne souhaite pas s'en séparer...

Le gant de velours : j'ai eu du mal à rentrer dans celle-là. Parfois on dit qu'Henry James a un style compliqué et peut-être que c'est le cas ici. C'est l'histoire d'un écrivain qui est ébloui par un jeune homme qui lui demande de lire le manuscrit d'une amie. Il accepte, revoit ce jeune homme en compagnie d'une fille sublime à une soirée, se fait tout un cinéma dans la tête à propos d'elle, arrive à repartir de la soirée avec elle quand elle s'avoue être l'auteure en question et qu'elle lui demande d' écrire la préface de son dernier livre, et de ce fait, par cette simple requête intéressée, se rabaisse à ses yeux, n'est plus cette apparition sublime. Sur l'éblouissement, le cinéma qu'on peut se faire en privé dans sa cervelle, le fossé entre imagination et réalité. Pas persuadée qu'une telle nouvelle puisse être écrite de nos jours. Superbe mais assez tarabiscotée.

Le banc de la désolation : en voilà aussi une histoire pas banale. Je ne m'attendais pas au dénouement, je dois dire. C'est l'histoire d'un type qui rompt ses fiançailles et se voit obligé de payer son ex-fiancée pour réparer les dommages faits à sa personne. Au lieu de se renseigner sur la position juridique d'une telle demande, il se ruine, refait tout de même sa vie puis retrouve cette ex-fiancée sur le banc de la désolation. Une histoire de ratage encore, de vie ratée. Assez morose en fin de compte.

Du fait des sujets parfois tristounets, j'ai classé ce livre dans mes Romans plus sérieux, mais j'aurais pu le mettre dans mes Romans comiques, car les idées et le style d'Henry James sont parfois très amusants.

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11 janvier 2016

"Un amour impossible", Christine Angot

SAM_0278Je voulais me faire ma propre opinion de ce texte, car comme je le disais l'autre jour les avis divergent sacrément. C'est le dernier roman de Christine Angot et le premier d'elle que je lis, et dans l'ensemble j'ai bien aimé.

J'ai surtout adhéré à la première partie où Christine Angot, enfant, raconte sa relation plus que distante avec un père carrément égoïste. L'absence du père, les bribes d'infos qu'elle apprend sur lui, le regard innocent d'une enfant sur le monde des adultes, tout ça est bien retranscrit. Dans la seconde partie, l'auteure a grandi et a pris son indépendance, et là j'ai moins suivi. La relation qui était jusque-là très affectueuse avec sa mère tout d'un coup se détériore et on comprend moins bien pourquoi. 

Je sais que Christine Angot a écrit un livre entier sur l'inceste, donc peut-être qu'il fallait le lire pour comprendre ce qui est ici survolé assez rapidement. La mère apprend brutalement par un tiers que sa fille a été violée par son père et voilà, on n'en parle pas plus que ça, ce qui est pourtant pivot dans leur relation. J'ai trouvé que ce passage allait trop vite.

D'ailleurs pour moi, c'est moins un livre sur l'amour impossible entre une mère et une fille, mais plus le point de vue d'un enfant qui a été un pion dans la vie de ses parents. Ses parents ont fait un enfant en sachant que leur relation serait sans lendemain. Son père avait même prévenu sa mère qu'il ne l'épouserait jamais, qu'ils ne vivraient jamais ensemble. Jamais le bébé à venir a été pris en compte, ils ont fait un gosse juste parce qu'ils se sont dit un jour que ça serait sympa.

C'est cet angle-là qui m'a surtout plu, car le thème est d'actualité. De plus en plus de personnes choisissent d'avoir des enfants seuls, sans penser trop au lendemain, sans penser au fait que d'être de père (ou de mère) inconnu n'est quand même pas génial.

Après avoir lu ce livre, je me rends compte que je ne suis pas une fan de l'autofiction, je pense que je me lasserais assez vite de savoir tout sur la vie perso d'un auteur. C'est peut-être cela qui explique les critiques vachardes que j'ai pu lire sur ce livre, à force on doit avoir envie de lire autre chose. Ceci dit, je ne regrette pas ma lecture.

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03 janvier 2016

"Washington Square", Henry James

SAM_0627Second texte de cet ouvrage de la collection Omnibus.

J'aime beaucoup cette histoire. Je la connaissais déjà puisque j'avais lu la pièce de théâtre "L'héritière" qui en est inspirée (voir ici), pièce très chouette que j'avais découverte en voyant le film. Bref, une histoire déclinée à toutes les sauces et qui marche à chaque fois.

L'histoire : un père ne veut pas que sa fille épouse un certain Morris qu'il soupçonne d'être arriviste, de n'en vouloir qu'à son argent. 

Encore une fois avec Henry James, ce qui est intéressant ce sont les descriptions des personnages. Le père est buté, fier, assez cruel avec sa fille qu'il trouve banale, pas très jolie, et sa fille est docile, naïve, ne veut offusquer personne. La tante de la pauvre amoureuse, qui a soif de romance, s'investit dans les démêlés sentimentaux de sa nièce et on a le droit aussi au point de vue et motivations de Morris. 

Pas étonnant que ce roman ait été adapté à l'écran et à la scène, il s'agit d'une interaction assez tendue entre quatre personnages. Je conseille vivement cette lecture.

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"Confiance", Henry James

SAM_0627Je n'avais jamais entendu parler de ce roman d'Henry James (220 pages dans mon édition). Je ne l'aurais sûrement pas lu s'il n'avait pas fait partie de cet ouvrage.

J'ai bien aimé.

C'est curieux à quel point les récits d'Henry James arrivent à me captiver. N'étant pas une lectrice patiente, m'ennuyant assez vite en lisant (comme au théâtre d'ailleurs, je m'énerve assez vite), je suis étonnée de voir que des intrigues assez minces arrivent à autant m'intéresser.

L'histoire : Gordon et Bernard sont amis. Gordon souhaite avoir l'avis de Bernard concernant Angela, une jeune femme qu'il souhaite épouser. Bernard prend le temps de connaître Angela, mais a vite des doutes sur elle, réserves qu'il transmet à son ami. Gordon épouse alors Blanche, une amie d'Angela, mais plus tard, voilà que Bernard tombe amoureux d'Angela et qu'il se sent un peu mal de l'avoir éloignée de Gordon.

Un bon moment de lecture.

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26 décembre 2015

"La muse tragique", Henry James

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J'ai adoré lire ce livre.

J'ai pourtant eu du mal avec le début qui est une longue conversation dans un musée entre pas mal de personnages. Les dialogues sont à rallonge et j'ai vraiment eu peur de décrocher.

Mais au bout de la cinquantième page environ, ça y était, impossible de le laisser tomber. Le thème d'abord m'intéresse, l'histoire de deux personnages, un jeune homme tiraillé entre un boulot dans la politique et la peinture, entre le devoir et ce qu'il aime faire, et une jeune femme obnubilée par le jeu, par son envie de devenir une grande actrice.

Forcément, vu le sujet, on y trouve des réflexions intéressantes sur l'art, l'âme artistique, le théâtre, la passion, entre ceux qui suivent leurs aspirations et ceux qui font tout pour les oublier.

Les descriptions des personnages sont parfois très marrantes, comme celle de cette jeune comédienne exaltée qui est persuadée d'avoir du talent, mais son entourage, dirons-nous, est beaucoup moins convaincu.

Henry James est vraiment un auteur à personnages, pas étonnant qu'il ait été autant attiré par le théâtre. Il consacre des pages à essayer de cerner un tempérament, un caractère et son analyse évolue, change au fur et à mesure. D'une finesse d'analyse époustouflante.

Il est aussi pour moi un auteur pince-sans-rire, ironique, qui fait rire sans le vouloir. C'est un style d'écriture que j'aime, qui ne m'ennuie jamais. S'il n'a pas trouvé le grand succès de son vivant à mon avis, c'est parce qu'il était bien en avance sur son temps. Ses romans me touchent plus que la plupart des romans contemporains que je lis, ce qui est quand même curieux.

Ce livre a été écrit, si j'ai bien compris, à un moment où il n'était pas encore dégoûté par le théâtre. Lui-même regrettait de ne pas l'avoir écrit avec la discipline de l'écriture dramatique en tête. En écrivant des pièces, il avait découvert l'utilité de faire un plan, un scénario, au lieu d'écrire et de voir ce qui se passe. 

Je comprends tout à fait qu'on puisse ne pas aimer ce genre de romans, car l'action est secondaire, tout est, comme je l'ai dit, une étude de personnages et leurs tiraillements intérieurs. Il faut aimer les analyses psychologiques. Moi, j'adore, mais je ne sais pas si je le conseillerais pour autant, car c'est assez spécial. En tout cas, je conseillerais de lire ce texte dans une autre édition, plus aérée, car elle est trop condensée.

J'ai encore pas mal de livres à lire d'Henry James, mais je sais déjà que celui-là, j'essaierai de m'y replonger.

J'ai classé ce livre dans ma rubrique des livres plus sérieux, parce ce que ce n'est pas un texte comique en soi, bien qu'il ne soit pas dénué d'humour.

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21 décembre 2015

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

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J'ai bien aimé ce livre de Joël Dicker. Grand succès de librairie et en général je me méfie des romans qui font le buzz, car j'ai peur d'un coup marketing. Mais plusieurs personnes m'en ont parlé, donc je l'ai lu et j'ai bien fait de les écouter. Je sais que je suis un peu retard vu que c'est son dernier dont on parle en ce moment, mais bon, comme je l'ai dit, je ne me précipite jamais pour lire les best-sellers.

Ce bouquin pourrait quand même être plus court,  faire 150 pages de moins sans que ça gêne trop (il fait plus de 800 pages dans mon édition), mais comme j'ai voulu savoir la fin de l'histoire, j'ai continué avec plaisir. Je l'inclus dans ce blog, car on y parle d'écriture, du problème de l'inspiration, de l'angoisse de la page blanche.

L'histoire : un jeune romancier en mal d'inspiration pour son second roman se retrouve à enquêter sur le meurtre d'une jeune fille impliquant son ancien professeur, Harry Quebert.

Il ne faut pas être pressé pour lire ce roman, l'auteur prend son temps, revenant parfois sur des épisodes déjà racontés, et la fin à multiples rebondissements est à mon humble avis un peu tirée par les cheveux, mais ce n'est pas très grave.

J'ai entendu des personnes dire qu'elles avaient perdu le fil en cours de route du fait de la construction un peu curieuse. J'ai trouvé au contraire que tout y était bien mené, que les nombreuses parenthèses étaient habilement faites.

Certains l'ont trouvé mal écrit, mais comme mon premier critère pour juger un livre est l'ennui, à savoir est-ce que je me suis ennuyée ou pas ?, je peux dire que non, ce livre ne m'est pas tombé des mains. Je préfère toujours une histoire qui intrigue à toute une succession de mots super bien agencés qui ne disent pas grand-chose.

Je l'ai classé dans ma rubrique Romans sérieux car on parle de la mort d'une adolescente quand même, mais je l'ai trouvé assez distrayant à lire.

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17 décembre 2015

"Pas pleurer", Lydie Salvayre

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Le Goncourt 2014 que j'ai lu dans le cadre de mon club de lecture. J'ai bien aimé ce livre.

Bon, je n'ai pas sauté de joie en apprenant que c'était celui choisi par la responsable de mon club, mais elle a insisté et elle a eu raison, je ne regrette pas ma lecture.

Je résume ce livre à un mot : curieux. Ce qui est un compliment. C'est un récit très personnel, libre, enjoué, sur un sujet qui ne prête vraiment pas à rigoler : la guerre civile qui a secoué l'Espagne dans les années 1936.

Ce livre est donc encore une fois la preuve qu'on peut aborder des thèmes difficiles sans pour autant plomber le moral des gens.

L'histoire : d'un côté, on a Montse, la mère de l'auteure qui a 15 ans en 1936 et vit ses premiers mois de liberté loin de son village. Portée par les idées anarchistes de son frère, elle vit une passion amoureuse avec un Français qui lui donnera un enfant. De l'autre, on suit l'auteur Georges Bernanos qui débarque à Majorque et se trouve confronté aux horreurs commises par les franquistes.

C'est donc l'histoire de deux points de vue différents dans une Espagne déchirée par les extrémismes de gauche et de droite.

Pas un sujet facile à relater sans s'emmêler les pieds, surtout que ce n'est pas un livre long, à peine plus de 200 pages. Quand on le referme, on se demande bien d'ailleurs comment on a pu avoir autant d'informations/impressions en si peu de pages.

Bref, comme j'aime analyser ce genre de phénomène (à savoir comment des livres sur des sujets pas marrants réussissent à ne pas me barber), voici le résultat de mes réflexions :

Tout d'abord, l'histoire est celle d'une famille, de personnages dont l'auteure prend le temps de faire le portrait. J'aime quand on s'attache à des caractères, des témpéraments, surtout quand ils sont opposés comme le frère de Montse et son futur mari.

Après, j'ai trouvé l'ensemble assez vivant. On passe du point de vue de Montse à celui de Bernanos dans un même chapitre, on ne s'y attend pas d'ailleurs, allez hop, on change, ça tient éveillé. Moi qui n'aime pas en général quand il y a deux histoires parallèles dans un roman, je dois me corriger, car quand c'est fait de manière très libre comme ici, ça donne du peps au récit.

Et il y a le langage aussi, on ne sait jamais trop à quoi s'attendre non plus. On peut avoir de l'espagnol, non traduit (je n'ai rien compris, mais bon) puis passer à un mélange d'espagnol et de français assez curieux parlé par sa mère. On passe d'un langage recherché à un plus familier, même à des blagues, donc tout ça fait assez foutoir en fin de compte, mais curieusement tient en haleine, car c'est un faux foutoir, tout y est bien maîtrisé.

Et c'est là que je dis bravo, car arriver à faire un récit alerte et intelligible sur un sujet aussi complexe et grave qu'un pays en plein déchirement idéologique est un talent qui n'est pas donné à tout le monde.

Voilà l'avantage de faire partie d'un club de lecture, on découvre des livres sans le vouloir.

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11 décembre 2015

"Je vous écris dans le noir", Jean-Luc Seigle

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Livre lu dans le cadre de mon club de lecture

Livre très bien écrit, très agréable à lire malgré le sujet délicat, l'auteur se mettant dans la peau de Pauline Dubuisson, jeune Française de 24 ans condamnée à mort en 1953 pour avoir tué son petit ami.

L'histoire : on découvre Pauline Dubuisson (pour finir graciée et libérée)  installée au Maroc sous le nom d'Andrée et amoureuse de Jean qui lui demande de l'épouser. Lui ayant toujours caché son passé, la jeune femme se demande si elle doit le mettre au courant du crime qu'elle a commis, et comment le faire. 

Elle décide de lui écrire, et on en apprend ainsi davantage sur sa relation avec ses parents, ses deux frères tués durant la Seconde Guerre mondiale, la dépression de sa mère qui a suivi la perte de ses deux fils, son envie de faire des études de médecine qui conduira son père, pour des raisons qui l'arrangeaient bien, à la faire entrer en 1944 à l'hôpital de Dunkerque où elle aura une liaison avec un médecin allemand beaucoup plus âge qu'elle. 

Cette liaison sous l'Occupation lui vaudra d'être tondue à la Libération et violée à plusieurs reprises, puis une querelle avec son petit copain alors qu'elle n'a que 21 ans finit mal. Pensant se suicider devant lui, elle finit par le tuer.

Le récit est divisé en cahiers que l'auteur imagine être les cahiers laissés par Pauline Dubuisson lorsqu'on la trouvera morte en 1963 suite à un suicide, mais ces cahiers n'ayant jamais été retrouvés, il y a une part d'invention faite par l'auteur et c'est là que j'ai un problème, avec la part réelle et la part imaginée par l'auteur. On ne sait pas trop.

Il y a des points qui ne sont pas clairs dans la vie de Pauline Dubuisson si j'ai bien compris, notamment ce qui s'est passé la nuit précédant le meurtre de son ami et le problème d'un récit à la première personne du singulier c'est qu'on nous présente comme fait ce qui peut avoir été spéculé.

C'est certain que se mettre dans la peau de la jeune femme est plus percutant au niveau du récit, ça prend davantage aux tripes, mais j'aurais préféré un texte à la troisième personne, une biographie romancée car ça me gâche un peu la lecture de me demander ce qui est vrai ou inventé. Ceux qui acceptent ce parti pris trouveront ce livre vraiment bien.

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