31 janvier 2016

Rentrée théâtrale de janvier 2016

confiding

Malgré ma résolution de ne plus le faire, j'ai quand même regardé les nouvelles pièces de cette rentrée de janvier et, en lisant entre les lignes, je peux désormais deviner comment se font les choix de programmation dans certains théâtres parisiens. 

Les grandes décisions ont l'air d'être prises au cours de dîners entre copains. Dîners ? j'entends.  Pas dans un bureau ? Non, plutôt une salle à manger où ça va boire et grignoter et, entre deux coups de fourchettes, causer. Un acteur connu par exemple pourra inviter un directeur de théâtre à dîner avec lui et sa nouvelle copine et hop, après un échange de ce genre, une pièce sera programmée :

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Voilà un bon petit vin, dis donc.

ACTEUR VEDETTE —  Acheté spécialement pour toi.

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Ça, c'est gentil.

ACTEUR VEDETTE — Trois mois qu'on s'est rencontrés avec Marie, il était temps que tu la rencontres quand même. Elle est avocate, comme je t'ai dit au téléphone...

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Et elle s'est dit l'autre jour, en prenant sa douche, qu'elle se mettrait bien à l'écriture théâtrale ?

ACTEUR VEDETTE — Qu'en penses-tu ? Elle n'a jamais écrit quoi que ce soit.

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Aucun problème, son regard en sera d'autant plus frais.

ACTEUR VEDETTE — Elle n'a jamais non plus été très passionnée par l'écriture, mais elle en a marre d'être tout le temps dans les transports, aimerait bien rester plus à la maison.

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Aucun souci, d'autant que tu m'as dit que...

ACTEUR VEDETTE — Je pourrai jouer dedans, tout à fait.

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Toi acteur-super-connu dans sa pièce ? Mais c'est génial. On fait circuler ton nom partout et le troupeau arrivera.

ACTEUR VEDETTE — Troupeau ?

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Ben le public.

ACTEUR VEDETTE — Quel genre de texte tu penses qu'elle devrait écrire ?

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Tu parles de quoi, là ?

ACTEUR VEDETTE — Du texte.

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Oh l'autre, t'as 150 ans ou quoi ? Qui se soucie de ça maintenant ? Ha ha, il me fait rire, lui. Allez, ressers-moi un coup. Et notre charmante artiste, elle revient de sa cuisine ou quoi ?

COPINE AVOCATE — Voilà une terrine de poisson maison !

ACTEUR VEDETTE — Regarde-la moi, elle n'est pas belle avec son petit plat ?

DIRECTEUR DE THÉÂTRE — Une terrine de poisson maison ? Mais vous me gâtez, les gars. Alors, on programme ta première pièce pour quand ?

Posté par latetearire à 06:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


30 janvier 2016

Tout est interprétation

actor

Ben oui, on en revient toujours à ça avec le théâtre, l'article que je mentionnais hier le dit bien.

L'acteur peut massacrer un texte s'il n'est pas à la hauteur ou peut en faire oublier les défaillances s'il est particulièrement inspiré.

L'auteur dans tout ça ? Il peut aller se faire du mouron dans son coin en attendant de savoir si la chance est avec lui ou pas.

Situation peu enviable en fin de compte.

Posté par latetearire à 06:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

29 janvier 2016

Entretien avec Shakespeare

lourdingue

—  Je ne comprends plus rien, moi

—  Ben écoute, vieux, ça fait quand même des siècles que tu es hors du coup.

—  Mais tout le travail que j'ai effectué...

—  Je sais, c'est dur.

—  On écrit maintenant en chantant ?

—  Non, on se fait remarquer en chantant.

—  Quel est le rapport ?

—  Ou en présentant le journal télévisé.

—  Journal quoi ?

—  Les infos, quoi.

—  Les infos ?

—  Ecoute, vieux, je ne peux te résumer plusieurs siècles entre deux portes quand même.

—  Tu me dis que l'auteur de théâtre est en fait un chanteur... et le comédien est un présentateur de télé, c'est bien ça ?

—  Ah ben, tu vois quand tu veux...

—  Et les auteurs ? Les comédiens ?

—  Chômage.

—  Cho-quoi ?

—  Ils se tournent les  pouces.

—  Et les spectateurs ?

—  Ils ont des blogs, ils ne sont pas jouasses.

—  Des quoi ?

—  Mais réveille-toi un peu, voyons. Tu as entendu l'expression "créer le buzz" ?

—  Non, nous on parlait "construction", "intrigue", "développement des personnages"...

—  Non mais arrête, vieux, c'est fini tout ça...

—  On passait des heures à se creuser les méninges...

—  Je sais bien, et merci d'ailleurs...

—  Il fallait penser à l'évolution de...

—  Evolution, évolution, exactement. Il faut toujours innover, ben voilà, c'est ça le progrès !!!!

Posté par latetearire à 17:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Ecriture théâtrale : pourquoi s'y intéresser ?

dilemme

Voilà une question que je me pose de plus en plus.

Si les producteurs et directeurs de théâtre privés ne souhaitent pas lire ce que les aspirants dramaturges écrivent, n'ont même pas un brin de curiosité concernant les thèmes qu'ils choisissent d'aborder, et si les lecteurs de roman boudent en masse le texte théâtral, euh... les gens qui écrivent des pièces se décarcassent pour qui exactement ? 

Je sais que toute forme d'écriture est une manière de se parler à soi-même, mais quand même, comment on peut espérer voir des pièces marrantes ou bien ficelées dans quelques années si on fait aussi peu de cas aujourd'hui de l'écriture dramatique ? 

Posté par latetearire à 15:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Adieu, cher texte !

cloud_crying

Un article intéressant sur la prestation de Daniel Auteuil dans L'envers du décor de Florian Zeller (ici). Je l'ai trouvé sur le site de critiques théâtrales, Mordue de théâtre. 

Le texte n'est plus grand-chose donc. Pourquoi se décarcasser à essayer de pondre un bon texte si la prestation d'un acteur brillant peut faire oublier à quel point l'histoire qu'il raconte est sans intérêt ?

Food for thought...

Posté par latetearire à 06:35 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,


28 janvier 2016

Toujours jouer

radio

Je viens d'écouter une interview sur France Inter de Daniel Auteuil à propos de la pièce L'envers du décor de Florian Zeller (ici) et il dit, si je comprends bien, que ce qui est important pour un acteur, c'est de toujours jouer, tant pis si c'est dans un nanar.

Pour lui, c'est à l'auteur de se poser la question de la qualité de l'oeuvre qu'il propose, c'est beaucoup moins la responsabilité de l'interprète.

Mmm, je veux bien, mais comme ce sont les acteurs qui sont de plus en plus à l'amont des projets, si jouer est plus important que le texte qu'on défend, une pensée pour le pauvre spectateur qui n'a pas fini de s'enquiquiner sur son siège.

27 janvier 2016

L'aparté

surprised_3

Comme Daniel Auteuil l'a dit récemment à propos de la pièce L'envers du décor de Florian Zeller qu'il met en scène et dans laquelle il joue au théâtre de Paris, le procédé de l'aparté n'est pas nouveau, les dramaturges s'en servent depuis longtemps. Le fait d'avoir un personnage qui parle à quelqu'un, puis au public pour exprimer ce qu'il ressent, a été maintes fois utilisé.

Je me souviens par exemple d'une pièce très courte de Jean Tardieu (Oswald et Zénaïde) où les deux personnages ne se disaient que des banalités, mais révélaient leurs pensées en aparté, au public. C'était très amusant.

Il y en a plein d'autres, de Molière et Feydeau pour ne citer qu'eux, mais c'est un procédé personnellement que je trouve bizarre, qui marchait peut-être aux siècles précédents, mais qui peut aussi devenir lassant. Dans un sketch, pas de souci, on rentre dans le jeu, mais dans une pièce ? En 2016 ?

Je vois que c'est "l'originalité" de la pièce L'envers du décor de Florian Zeller... Mmm, pas convaincue. 

Woody Allen fait parfois parler ses personnages directement à la caméra, ce qui est un peu le même principe, ou révèle ce qu'ils pensent vraiment en voice over, mais il le fait furtivement, le temps d'un dialogue ou d'une situation, mais trop d'apartés qui se suivent dans une même pièce, ça risque d'être un peu longuet à mon avis, un peu barbant à force. Pas évident à réussir.

Posté par latetearire à 06:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 janvier 2016

Le culte de la célébrité

surprise_2

Très bon article sur le sujet sur le site Au balcon (voir ici). 

Contente de voir qu'il n'y a pas que moi qui regarde ce qui se passe sur les scènes parisiennes les yeux écarquillés.

Posté par latetearire à 06:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

25 janvier 2016

"Nouvelles du paradis", David Lodge

SAM_0186

Un roman de David Lodge que j'ai acheté à cause du titre qui m'intriguait.

N'ayant pas lu la quatrième de couverture avant de le commencer, je ne savais pas trop à quoi m'attendre et tout au long du récit, j'ai eu du mal à comprendre quelle histoire l'auteur voulait raconter. Pour moi, il y a deux livres dans ce bouquin, ce qui fait que je n'ai jamais adhéré.

L'histoire : Bernard se rend à Hawaï pour rendre visite à sa tante Ursula qu'il n'a pas vue depuis des années et qui est atteinte d'un cancer et est en fin de vie. Il persuade son père de l'accompagner, car il n'a pas non plus vu sa soeur depuis des lunes. Les billets d'avions étant plus avantageux par le biais d'un voyage organisé, ils se retrouvent à faire partie d'un groupe touristique, mais une fois sur place, ils quittent le groupe, le père de Bernard est renversé par une voiture, et Bernard passe son séjour à se partager entre le lit d'hôpital de sa tante et celui de son père, tout en découvrant l'amour (avec la femme qui a renversé son père).

La situation promettait beaucoup, mais le fait que le père et le fils fassent partie d'un voyage organisé sans vraiment en faire partie est peut-être ce qui cloche, on se sent toujours entre deux eaux, entre deux genres, le comique et le plus sérieux, et je n'ai pas trouvé que les problèmes pratiques et existentiels de fin de vie se mariaient très bien aux soucis superficiels de gens en vacances. 

De plus, on a des passages qui détonnent complètement avec le ton du roman, notamment des questionnements théologiques assez copieux (Bernard ayant été prêtre), des informations explicatives sur le tourisme qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe, des extraits de lettres que les vacanciers du groupe envoient à leurs familles qui manquent un peu d'intérêt, bref, tout ça part un peu dans tous les sens selon moi.

J'ai même décroché les trente dernières pages car le problème de présenter des personnages secondaires en début de roman et de les ignorer pendant une grande partie du livre, c'est qu'on ne sait plus qui est qui quand on en reparle à la fin.

J'ai tout de même classé ce livre dans ma rubrique des Romans comiques, même si pour moi, ça n'a pas fonctionné.

Posté par latetearire à 06:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 janvier 2016

Adaptations de films

shows

Je vois qu'il y a une adaptation théâtrale du film de Woody Allen, Maris et Femmes, à l'affiche en ce moment.

Je ne comprends pas l'envie d'adapter des films en pièces. A Broadway, c'est la grande mode, chaque saison les producteurs trouvent ingénieux de transformer un film (parfois même pas terrible) en spectacle musical.

Avec tous les gens qui écrivent des pièces aujourd'hui, vraiment, l'urgence est de reprendre une histoire qui a déjà été racontée ? Pourquoi ne pas monter tout simplement une pièce de Christian Siméon, l'auteur de cette adaptation de Maris et Femmes ? Je n'ai lu que Landru et fantaisies de lui, mais c'était sympa.

Encore des décisions qui me laissent perplexe.

Posté par latetearire à 06:08 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,